syrie capture ecran patient 2
© MSF

" J’ai été détenu deux fois et ce que j’ai vu c’est que certains prisonniers sont abandonnés, jusqu’à ce que leurs blessures pourrissent. Ils n’étaient pas emmenés à l’hôpital, certains sont morts juste à côté de moi pendant que d’autres urinaient du sang à cause des hémorragies internes dont ils souffraient. "

J’ai été blessé le 31 novembre, lors d’un assaut par les forces de sécurité syriennes. Il y avait des chars et ils tiraient. Je travaillais pour un média. Je devais filmer et montrer la vérité sur des télés libres et sur Al Jazeera. C’était une terrible attaque.

Un homme était recherché par les forces de sécurité. Ils ont pris d’assaut sa maison et brisé les fenêtres. Ils ne l’ont pas trouvé mais ils ont trouvé son père. Je filmais tout ça de la chambre d’une maison voisine. J’ai bougé et les snipers m’ont vu et ils essayaient de me viser, de me toucher à la tête. J’ai reçu plusieurs projectiles dans mon bras, c’étaient des balles explosives. Cela a détruit trois de mes doigts et un quart de ma main.

J’ai eu de la chance parce que je suis rentré dans une maison où une femme accouchait. Ils m’ont mis à la place de la femme. Les forces de sécurité étaient après moi. Quand ils sont arrivés dans la maison, ils ont vu le sang. Les gens criaient et disaient « pourquoi est ce que vous venez ici ? Il y a une femme qui accouche ! » Et c’est comme ça que j’ai été sauvé. Les forces de sécurité sont allées voir ailleurs. Et les médecins ne pouvaient pas faire beaucoup plus pour moi. Je saignais énormément, ils serraient ma blessure pour essayer de stopper l’hémorragie. La douleur était terrible, j’aurais voulu être mort. En Syrie, on ne peut pas aller dans un hôpital, parce que soit ils vous amputent du membre blessé soit ils vous emmènent en prison. J’ai été détenu deux fois et ce que j’ai vu c’est que certains prisonniers sont abandonnés, jusqu’à ce que leurs blessures pourrissent. Ils n’étaient pas emmenés à l’hôpital, certains sont morts juste à côté de moi pendant que d’autres urinaient du sang à cause des hémorragies internes dont ils souffraient. Et aucune organisation, ni médecin, ni MSF ne sont autorisés à se rendre dans les prisons.

Les hôpitaux de campagne se situent chez les particuliers et déménagent de maison en maison. Il n’y avait pas d’ambulances, toutes étaient visées et étaient la cible de tirs. Et les médecins les plus courageux sont surveillés, arrêtés, leurs femmes sont violées afin de les empêcher de prendre toute initiative ou encore ils sont placés en résidence surveillée...