Chine - Sida : Raser les murs, se cacher, se taire...
Longtemps, la Chine a refusé de reconnaître l'ampleur de l'épidémie de
sida sur son territoire. Si aujourd'hui la prise de conscience est
réelle et un certain nombre d'actions entreprises, beaucoup reste
encore à faire pour lutter contre la forte stigmatisation autour du
sida et des malades. Un véritable enjeu pour MSF qui soigne près de 200
patients VIH/sida à Nanning, dans la province du Guanxi, la troisième
province la plus touchée par la maladie.
![]() |
|
![]() |
Lutter contre la forte stigmatisation qui règne autour du sida et des
malades est un véritable enjeu pour les équipes MSF en Chine
|
![]() |
Car en Chine, la plupart des médecins refusent encore de toucher les patients. La consultation se fait sans contact physique. L'intérieur de la bouche est ausculté, mais pas le reste du corps. Examiner les parties génitales est encore très tabou. Il peut aussi s'avérer très difficile de faire pratiquer certains examens "invasifs" comme une bronchoscopie, le personnel craignant que le matériel soit définitivement contaminé.
La connaissance du VIH est très limitée en Chine. Les gens n'ont aucune idée de comment se transmet la maladie ! J'ai rencontré des patients qui n'en avaient même jamais entendu parler. Le gouvernement doit commencer à soigner vraiment, mais aussi mettre en place des lois contre la discrimination à l'encontre des personnes malades !"
![]() |
|
![]() |
La première réaction des patients, lorsqu'ils apprennent leur statut
sérologique, c'est le refus, le déni de la réalité. Avec le temps, ils
réalisent et prennent peur. Ils craignent la réaction des autres, ils
cachent leur statut, ils s'isolent...
|
![]() |
L. a un rôle capital à jouer dans le programme MSF : "les patients me posent beaucoup de questions. Ils ont des idées préconçues, notamment sur la contamination. Certains se sont déjà renseignés, mais ils ont besoin d'être rassurés. Je leur parle des modes de contamination, de ce que le sida fait à leur organisme, de l'attitude à avoir par rapport à la maladie. Je les aide aussi à exprimer leur souffrance psychologique et morale. Je soulage la pression en quelque sorte !
Je vois aussi tous les patients qui vont commencer les anti-rétroviraux (ARV). La plupart d'entre eux ne connaissent pas les trit-hérapies. Certains ont entendu parler de "cocktails" de médicaments, mais pas plus... Il leur faut un suivi et des conseils appropriés." Et pourtant... Même les proches de L. ne savent pas qu'il travaille au sein d'une clinique spécialement dédiée au traitement du sida.
Mais lutter contre la stigmatisation et les idées reçues sera probablement plus long. Ainsi, beaucoup pensent encore que seuls les toxicomanes sont concernés. Une des conséquence est qu'il est très difficile d'obtenir des anti-rétroviraux pour enfants. Les formulations pédiatriques ne sont pas produites, ni importées, ni importables en Chine : puisque les enfants ne peuvent pas être toxicomanes, ils ne sont donc pas concernés par le sida...
Si la prévalence du VIH est faible en Chine (on compte, officiellement, 840.000 personnes infectées), les provinces du pays sont très inégalement touchées. Ainsi, en 2005, les provinces et régions du Yunnan, du Henan, du Guangxi (3ème province la plus touchée du pays, où MSF mène un programme sida depuis 2 ans), du Xinjiang et du Guangdong ont rapporté plus de 10.000 cas chacune, soit 77% du nombre de cas total au niveau national. 10 millions de personnes risquent d'être infectées d'ici à 2010.