Cameroun : que deviennent les milliers de personnes réfugiées au Nigeria ?

Depuis plus d’un an, des dizaines de milliers de personnes fuient le Cameroun pour trouver refuge dans le sud du Nigeria et plus particulièrement dans l’État de Cross River.
Des équipes de Médecins Sans Frontières ont lancé une réponse d’urgence pour aider ces réfugiés et les communautés qui les accueillent.
Le conflit politique qui a commencé en 2016 dans les régions du sud-ouest du Cameroun a d’abord pris la forme de contestations concernant le fonctionnement des systèmes judiciaires et éducatifs. À partir d’octobre 2017, ce conflit a connu une escalade et des groupes armés sécessionnistes ont déclaré leur indépendance vis-à-vis du pouvoir central et des heurts avec l’armée camerounaise ont eu lieu.
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’Onu, en décembre 2018 plus de 437 000 personnes s’étaient déplacées à l’intérieur du Cameroun pour fuir ce conflit. Plus de 32 000 personnes ont également traversé la frontière nigériane pour se réfugier dans l’État de Cross River.
Accueil et entraide
Augustin Eka est membre de la communauté qui accueille ces réfugiés dans le village d’Amana, où il est responsable de l’eau et de l'assainissement. Il travaille également pour Médecins Sans Frontières à la construction de latrines et accueille des réfugiés camerounais depuis novembre 2017 lorsqu’ils ont commencé à franchir la frontière pour échapper aux violences.
« J’héberge un groupe de Camerounais chez moi. Ils habitent dans ma maison depuis plus d’un an. D’autres réfugiés habitent dans des camps ou dans des villages nigérians. Toutes les communautés de l’État de Cross River sont très hospitalières envers les réfugiés du sud du Cameroun », explique-t-il.

Médecins Sans Frontières a lancé une réponse d’urgence en construisant des latrines et des puits dans les zones des gouvernements locaux d’Obanliku et Boki. Ces activités répondent à des besoins prioritaires en raison du nombre croissant de réfugiés dans la région.
Une vie normale
« J’ai fui vers le Nigeria à cause du conflit qui a lieu dans mon pays. Je vis à Amana depuis mon départ et la communauté locale nous a accueillis. Toutefois, nous avons besoin d’assistance. On aimerait aller à l’école, avoir du travail et vivre une vie normale au Nigeria. »
Omange Maria Ayam a 19 ans et vient d’Akwaya au Cameroun. Elle a fui son pays en octobre 2017 et vit depuis dans la maison d’Augustin.

Retourner au Cameroun
« On a fui le Cameroun en octobre 2017 pour échapper à l’insécurité. C’est pour cela qu’on est ici. Quand je suis arrivé à Amana, les villageois nous ont accueillis alors que nous n’avions pas grand-chose à leur offrir. J’aimerais retourner dans mon pays quand les choses iront mieux. Mais je sais que j’ai tout perdu là-bas. Je devrais reconstruire ma vie quoi qu’il arrive. »
Fidelis Kigbor a 38 ans et vient d’Akwaya au Cameroun. Il vit chez Augustin.

Le camp d’Adagom, géré par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, a été établi en août 2018 pour accueillir les réfugiés camerounais. Plus de 6 400 personnes vivaient dans ce camp en décembre 2018 après avoir été relogées.

Gmoltee Bochum Boers a 31 ans. Il a été transféré du village d’Ikom au camp de réfugiés d’Adagom avec sa famille.
« Au Cameroun, j’habitais à Bamenda, l’une des plus grandes villes de la région du Nord-Ouest. J’étais ingénieur en informatique et professeur. Je ne sais pas quand ce conflit va se terminer, mais je sais que j’ai tout perdu. Désormais je vis avec ma famille dans un camp de réfugiés et la vie est dure. On habite tous ensemble dans une toute petite tente », détaille-t-il.

La réponse d’urgence de MSF
Les activités médicales ont démarré fin juillet 2018 avec des consultations dans le centre de santé d’Ikom pour prendre en charge à la fois les réfugiés et les communautés locales. Les équipes de Médecins Sans Frontières travaillent également à l’aide de clinique mobile pour aller à la rencontre des patients.

En 2018, 7 140 consultations de santé primaire ont été réalisées. 60 % d’entre elles ont été effectuées auprès des réfugiés. Les principales pathologies rencontrées sont les maladies respiratoires ou de peau, liées aux conditions précaires dans lesquelles vivent les réfugiés.

Les équipes médicales MSF traitent également des cas de maladies chroniques, comme l’hypertension ou le diabète, de paludisme, endémique dans le pays, et réalisent des interventions chirurgicales.