Il était une fois : Lesbos, l'île-frontière des réfugiés de Moria

Ignorés des dirigeants européens depuis cinq ans, les réfugiés et demandeurs d'asile de Moria, sur l'île grecque de Lesbos, ont perdu aujourd'hui tout espoir d'obtenir l'asile dans un État membre de l'Union européenne. Au lieu d'évacuer ces personnes vers un lieu sûr, les autorités grecques les transfèrent vers un nouveau camp, construit à la hâte à la suite des incendies. Reportage du photographe Enri Canaj de l'agence Magnum Photos sur le quotidien de ces exilés.

En l'espace de deux jours, du 8 au 9 septembre, plusieurs incendies ont fait partir en fumée la quasi-totalité du plus grand camp de réfugiés d'Europe.

Obligés de vivre depuis cinq ans dans un espace surpeuplé et dans des conditions inhumaines – sans possibilité d'en échapper –, les réfugiés et demandeurs d'asile ont une nouvelle fois fait les frais de restrictions de liberté avec la mise en application d'un confinement encore plus strict du camp, après que des cas de coronavirus y ont été confirmés.

Plus de 12 000 personnes ont dû quitter en urgence leurs abris, avec le peu de biens qu'elles avaient en leur possession. Hommes, femmes, enfants se sont retrouvés à la rue sans accès à l'eau, à la nourriture, aux toilettes ou à des soins médicaux.

Dans un premier temps, les équipes MSF ont dû suspendre l'ensemble de leurs activités avant de mettre en place une clinique sous tente, près de la zone où des milliers de personnes se sont spontanément rassemblées. Du 12 au 16 septembre, cette nouvelle clinique MSF a permis d'effectuer 508 consultations.

Aucune solution n'est proposée par les États membres de l'Union européenne, tandis que localement, on parle de la construction d'un nouveau camp pour les y enfermer à nouveau.

Empêchés de se rendre vers le port de Mitylène par les forces de sécurité et bloqués dans une certaine partie de l'île de Lesbos, les réfugiés et demandeurs d'asile se sont rassemblés pendant plusieurs jours devant un supermarché.

Beaucoup improvisent des constructions pour pouvoir se mettre un minimum à l'abri dans l'attente qu'une solution de relocalisation ne soit trouvée. Certains utilisent même des pierres comme coussin.

Il est difficile pour les équipes MSF qui travaillent dans la nouvelle clinique sous tente d'assurer le suivi médical des personnes vulnérables comme les femmes enceintes, les patients atteints de maladies chroniques nécessitant un traitement, ou encore ceux souffrants de lourds troubles mentaux.

Beaucoup de patients reçus après les incendies étaient des enfants atteints de maladies cutanées, voire des nouveau-nés, qui avaient inhalé trop de fumée : à la fois celle du feu mais aussi celle des gaz lacrymogènes utilisés par la police pour étouffer les manifestations qui ont eut lieu.

Il y a actuellement environ 10 000 personnes dans le nouveau camp construit sur l'île de Lesbos. 241 cas positifs à la Covid-19 y ont été confirmés et environ 600 personnes se trouvent en quarantaine. Deux personnes ont été hospitalisées pour recevoir des soins adaptés à la forme sévère de la maladie. Le nouveau camp n'est définitivement pas un lieu sûr pour les personnes qui l'occupent.
Pour agir à nos côtés et exiger des gouvernements européens qu'ils prennent leurs responsabilités, signez la pétition.