Soudan du Sud : un calme relatif et des besoins humanitaires immenses

Depuis la signature d’un accord de paix en septembre 2018, une relative accalmie règne au Soudan du Sud, malgré des violences éparses qui peuvent affecter les populations. De nombreux Sud-Soudanais n’ont pas rejoint leur foyer après l’avoir fui. Le système de santé est largement détruit et les besoins médicaux et humanitaires sont immenses. Endashaw Mengistu, coordinateur médical MSF, détaille les actions et les enjeux de l’intervention de Médecins Sans Frontières dans le pays.
Un grand nombre de structures de santé ont été ciblées, d’une manière ou d’une autre, par les différents groupes armés qui s’affrontent dans le pays. Bon nombre d’entre elles ont été pillées ou réduites en cendres. D’autres portent encore des panneaux présentant le logo d’une ONG, mais quand on y entre, tout est détruit.
Sur les quelque 1 500 structures de santé disséminées dans le pays, on estime que les trois quarts sont endommagées et nécessitent des rénovations mineures, majeures, voire intégrales. [1]

D’autre part, de nombreux professionnels de santé qualifiés et compétents ont quitté le pays pour fuir les combats et les massacres et ne sont pas encore revenus. Jusqu’à cette année, nous n’avions pas le moindre médecin local dans la ville de Malakal, deuxième plus grande ville du pays avant le conflit.

Ainsi, moins de la moitié de la population du pays vit à proximité d’une structure de santé opérationnelle [2]. Celles-ci ne peuvent fournir en général que des soins basiques, sans hospitalisation ou soins spécialisés. Le plus souvent, la seule façon pour les Sud-Soudanais de bénéficier de soins de santé appropriés est de partir, de parcourir de longues distances et même de traverser des frontières internationales pour trouver un hôpital.

Jusqu’à il y a quelques mois, pour les habitants de la zone reculée d’Ulang, au nord-est du pays, l’hôpital le plus proche se trouvait en Éthiopie, à environ sept jours de marche durant la saison des pluies, et un peu moins durant la saison sèche.

Ces distances peuvent être éprouvantes, pour des personnes atteintes de tuberculose par exemple, ou dangereuses, pour les femmes enceintes qui présentent des complications notamment.
Un tiers de la population déplacée
Deux millions de Sud-Soudanais se sont réfugiés dans les pays voisins, principalement en Ouganda, en Éthiopie et au Soudan, et environ deux millions se sont déplacés dans le pays.

On estime ainsi qu’un tiers de la population du pays a dû fuir son foyer pour échapper aux violences. Certains se sont réfugiés dans l’un des six sites de protection des civils gérés par les forces des Nations unies notamment dans les villes de Bentiu, de Malakal et dans la capitale, Juba.

Des enjeux médicaux immenses
Les difficultés médicales sont nombreuses au Soudan du Sud. Le paludisme est particulièrement meurtrier dans le pays et Médecins Sans Frontières a soigné près de 270 000 personnes affectées par la maladie pour la seule année 2018.
Dans la région du Nil supérieur, on dénombre d’importantes poches de kala-azar, également connu sous le nom de leishmaniose viscérale, une maladie transmise par les phlébotomes qui peut s’avérer mortelle si elle n’est pas traitée.

Enfin, les morsures de serpents, une maladie tropicale négligée, constituent également un problème important dans plusieurs régions du pays, contre lesquelles il est essentiel d’agir vite.
Depuis le déclenchement de la guerre civile de 2013, la couverture vaccinale des enfants de moins d’un an s’est effondrée, passant d’environ 60 % à 20 % [3]. On dénombre notamment des cas fréquents de rougeole, de méningite, de rubéole et de fièvre jaune, des maladies qui pourraient être évitées grâce à la vaccination.

Dans un tel contexte, les soins préventifs jouent un rôle essentiel. Ce que nous avons constaté à Malakal, c’est que dès que l’on met en place un système de vaccination, les taux de morbidité et de mortalité baissent fortement. Ces deux dernières années à Juba, nous avons vacciné environ 300 000 personnes contre le choléra, ce qui a probablement permis de prévenir l’émergence de nouvelles épidémies.
Certains groupes sont très vulnérables et nécessitent une protection spéciale. Environ 3 100 enfants soldats ont été démobilisés au cours des dernières années [4]. Certains auxquels nous apportons un soutien psychologique dans la ville de Yambio, au sud du pays, expriment la crainte d’être à nouveau recrutés.
[1] OMS, 2017.
[2] Plan de développement du secteur de la santé (2016-2020)
[3] GAVI (estimations de l’OMS/d’UNICEF) https://www.gavi.org/country/south-sudan/
[4] UNICEF (février 2019)