Malawi : plus de temps à perdre dans la lutte contre le VIH

Malgré les progrès récents et la réduction du nombre de décès dus au VIH, 770 000 personnes sont décédées des formes avancées du VIH (Sida) dans le monde en 2018, selon l’ONUSIDA. Les pays sont encore mal équipés pour détecter et traiter les personnes atteintes du Sida.
Plus des deux tiers des patients atteints du VIH à un stade avancé admis dans l'hôpital soutenu par MSF à Nsanje au Malawi sont déjà très malades et ont déjà suivi un traitement antirétroviral (ARV). À l’hôpital MSF de Kinshasa (RDC), ce chiffre est de 71%. Parmi ceux-ci, plus d'une personne sur quatre meurt parce que la maladie était trop avancée à leur arrivée à l'hôpital.
La nécessité des dépistages précoces
En 2017, l'OMS a publié des directives sur le VIH à un stade avancé. Ils recommandent le déploiement de tests rapides et faciles à utiliser, pour évaluer l'état du système immunitaire des personnes (nombre de cellules CD4) et diagnostiquer les infections opportunistes les plus courantes et mortelles, telles que la tuberculose (test d'urine TB-Lam) et la méningite cryptococcique (test CrAg). Ces tests peuvent donner des résultats en seulement quelques heures et, combinés à la proximité des patients, les jours économisés peuvent, pour beaucoup, faire la différence. Mais souvent, les gouvernements des pays les plus touchés ont tardé à les inclure dans leurs directives nationales, à les financer puis à les mettre en œuvre.
En conséquence, dans de nombreux pays, les tests rapides ne sont presque jamais disponibles au niveau communautaire, alors que le dépistage précoce pourrait sauver de nombreuses vies. Depuis que MSF a mis les tests rapides à disposition dans les centres de santé du district de Nsanje, le nombre de décès à l’hôpital du district a diminué d’environ 27% à moins de 15%.
Au Malawi, le difficile suivi du traitement
Environ 300 000 personnes vivent dans le district de Nsanje, dans le sud du Malawi, à la frontière avec le Mozambique. Selon les estimations gouvernementales, 12,5% d'entre elles, soit environ 25 000 personnes, seraient séropositives. C'est largement plus que la moyenne nationale qui atteint les 9,2%. C’est dans ce district que MSF concentre la majeure partie de ses activités liées à la lutte contre le VIH.

Le suivi du traitement ARV est un des enjeux majeurs. « Certains pensent qu'il vaut mieux consulter un guérisseur traditionnel », explique Brains Kamanula, membre de l'équipe de soutien et de mentorat psychosocial au sein de l'hôpital du district de Nsanje. Souvent les patients qui ne suivent pas assidûment leur traitement invoquent aussi la distance à parcourir pour se rendre dans les structures de santé et les coûts que le trajet engendre. Enfin, nombre d’entre eux ne peuvent se permettre de se rendre à l’hôpital au détriment de leur travail, afin de survivre et de soutenir leurs familles.
« Les personnes manquent également de connaissances basiques sur les signes avant-coureurs du VIH. Bien que les promoteurs de santé de MSF se rendent dans les communautés pour informer sur les signes d'alerte, on ne peut atteindre tout le monde », indique Brains Kamanula. « Quand ils arrivent à l'hôpital, la plupart des patients sont déjà gravement malades. »
Prévention communautaire : une approche encourageante
Le Malawi est depuis longtemps aux prises avec une forte prévalence du VIH, et le VIH/Sida reste la cause principale de décès, avec environ 13 000 décès liés au Sida par an. Mais ces dernières années, d'importants investissements ont été réalisés pour tenter de réduire drastiquement le nombre de personnes infectées.
Afin d'améliorer les soins apportés aux personnes présentant un stade avancé du VIH dans le district de Nsanje, MSF et le ministère de la Santé ont établi un nouveau modèle opérationnel intitulé le « cercle de soins ».
Le cercle de soins débute au niveau communautaire. Ainsi, le personnel médical communautaire de MSF travaille en collaboration avec les autorités traditionnelles, les groupes de patients et les associations locales tant pour renforcer les structures communautaires existantes, que pour identifier les personnes malades et sujettes à davantage de soins, tout en sensibilisant les communautés aux symptômes et aux signes d'alerte.
« Le modèle de cercle de soins vise à réduire la mortalité au sein des patients atteints du VIH grâce à la détection précoce et à un renforcement du système de transferts médicaux au sein du cercle, par exemple entre la communauté, le centre de santé et l'hôpital. Pour y parvenir, nous apprenons aux communautés à identifier les patients malades, nous assurons un diagnostic et une initiation efficaces dans les centres de santé, ainsi qu'une évaluation approfondie et des soins de qualité dans l'hôpital du district », explique Jomah Kollie, chef de l'équipe médicale du projet à Nsanje.